Le nombre total d'installations de biométhane en Europe est passé de 1 548 à 1 678 entre les périodes de collecte de données de 2024 et 2025, comme le montre la toute dernière carte européenne des installations de biométhane. Au cours de cette période, 165 nouvelles installations ont été mises en service, dont 56 étaient déjà confirmées comme opérationnelles début 2025. Cette croissance nette reflète l’expansion constante d’un secteur prometteur et durable.
Ces dernières années, les agriculteurs européens ont réalisé des progrès significatifs dans la réduction de leur impact environnemental, en se tournant de plus en plus vers la production et la consommation d’énergies renouvelables issues de sources naturellement renouvelables. Bien que les zones rurales offrent des opportunités considérables pour la production d’énergie propre — grâce à l’accès à l’énergie éolienne, solaire, au biogaz et aux résidus agricoles —, des obstacles importants continuent d’entraver un déploiement à grande échelle. Le bio-GNL (gaz naturel liquéfié d’origine biologique) et le GNC (gaz naturel comprimé) s’imposent comme des alternatives importantes à faibles émissions de carbone pour les transports en milieu rural et urbain.
Parmi les énergies renouvelables, la production de biogaz se distingue par sa capacité à répondre simultanément à de multiples objectifs environnementaux et socio-économiques grâce à une seule et même voie technologique. La digestion anaérobie permet de convertir les déchets organiques issus des secteurs agricole, agroalimentaire et urbain en énergie renouvelable, tout en atténuant les émissions de méthane et en favorisant le recyclage des nutriments grâce à l’utilisation agronomique du digestat. Cette approche intégrée contribue non seulement à la décarbonisation, mais renforce également les modèles d’économie circulaire et redynamise les économies rurales. Le traitement du biométhane, en tant que forme valorisée du biogaz, offre un vecteur énergétique quasi neutre en carbone, permettant une réduction de plus de 90 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux combustibles fossiles conventionnels. De plus, le GNL produit à partir de biométhane peut se substituer au GNL fossile conventionnel dans le transport lourd.
Le biométhane en Espagne : chiffres clés 15 installations en service (2024) 163 TWh potentiel potentiel 20 TWh Objectif du PNIEC d’ici 2030 11× croissance nécessaire pour atteindre l’objectif
L’Espagne est confrontée au défi de transformer son système énergétique pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. La production de biogaz et l’injection de biométhane, en tant que gaz renouvelables, sont appelées à jouer un rôle crucial dans la réalisation des objectifs de réduction des émissions et de pénétration des énergies renouvelables — en particulier dans le secteur des transports. Des études récentes confirment que les projets liés au biométhane constituent un outil efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports, qui représentent environ 25 % des émissions totales de l'UE. La feuille de route sur le biogaz élaborée par le MITECO souligne que son développement favorise les synergies entre l'économie circulaire, une transition énergétique juste et le défi démographique.
Conformément au cadre stratégique européen, la stratégie espagnole pour l’économie circulaire (« España Circular 2030 ») fixe pour objectif de réduire la production de déchets de 15 % par rapport aux niveaux de 2010. Elle définit également des orientations stratégiques pour l’application effective de la hiérarchie des déchets, un domaine dans lequel les technologies de production de biogaz peuvent jouer un rôle central — en particulier dans la gestion des biodéchets. La transformation des fractions organiques en énergie et en sous-produits valorisables réduit les émissions de méthane issues de la mise en décharge et favorise la valorisation des matériaux, notamment dans les secteurs agroalimentaire et urbain.
La transition énergétique mondiale est devenue une priorité incontournable pour limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à moins de 2 °C, comme le prévoit l’Accord de Paris. Cet engagement international exige de profondes transformations du modèle énergétique actuel — des changements qui ne sont pas encore pleinement pris en compte dans la plupart des scénarios énergétiques existants. Il est essentiel de s'éloigner des combustibles fossiles pour se tourner vers des alternatives à faible émission de carbone, étant donné que les émissions de CO₂ liées à la consommation d'énergie représentent environ les deux tiers de l'ensemble des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Dans ce contexte, l'Espagne doit accélérer sa transition énergétique grâce à des technologies durables telles que la production de biogaz et le traitement du biométhane.
Selon le rapport statistique 2024 de l’EBA, l’Espagne compte actuellement 15 usines de biométhane en service — un nombre bien inférieur à celui de pays comme la France ou l’Allemagne. Malgré un potentiel technique estimé à 163 TWh, seule une petite partie est actuellement exploitée. Le Plan national intégré pour l’énergie et le climat (PNIEC) de l’Espagne s’est fixé pour objectif d’atteindre 20 TWh d’ici 2030, ce qui nécessitera de multiplier par plus de onze la production actuelle. La loi n° 7/2021 sur le changement climatique et la transition énergétique, ainsi que le PNIEC 2023-2030, considèrent les gaz renouvelables comme des outils essentiels à la décarbonisation ; toutefois, leur déploiement effectif dépend de l’accélération de l’élaboration de la réglementation.
Bien que l’objectif révisé d’Espagne en matière d’achat de biométhane double les objectifs précédents, sa part dans le mix énergétique national reste modeste, ne représentant actuellement qu’un peu plus de 6 % de la consommation annuelle de gaz du pays. Comparé aux progrès observés dans d’autres pays européens, ce chiffre semble insuffisant. En revanche, l’Espagne a atteint un niveau record de production d’électricité renouvelable en 2024, 57 % de l’électricité consommée dans le pays provenant de sources renouvelables — une étape importante dans l’évolution de son mix énergétique. L’Espagne dispose d’un potentiel considérable pour accroître sa production de biométhane ; selon certaines estimations, elle pourrait à terme substituer jusqu’à 40 % de la demande en gaz naturel grâce à ses ressources nationales. Le bio-GNL et le GNL pourraient jouer un rôle complémentaire dans le remplacement des combustibles fossiles dans les applications industrielles et les transports.
57 % de l’électricité espagnole provient de sources renouvelables (2024) 6 % de la consommation annuelle de gaz — objectif actuel d'alimentation du réseau en biométhane
Le traitement du biométhane n’est pas sans poser des défis environnementaux. Parmi ceux-ci figurent l’approvisionnement régulier des usines de biogaz en matières premières et l’augmentation potentielle des volumes de transport, qui pourrait accroître le trafic et les émissions liées à la logistique des matières premières. Ces questions, entre autres, ont soulevé des inquiétudes quant à la compatibilité environnementale de la production de biogaz à grande échelle. L’ensemble du système de production de biogaz implique des apports en matières premières et en énergie — depuis les chaînes d’approvisionnement en matières premières jusqu’à l’exploitation des installations, en passant par l’utilisation du biogaz et la gestion des digestats. C’est pourquoi il est essentiel de mener des évaluations environnementales intégrées des différentes voies de déploiement du biogaz afin d’identifier les possibilités d’améliorer la durabilité globale.
La digestion anaérobie des déchets organiques génère du digestat, un sous-produit riche en nutriments contenant des teneurs élevées en azote. Son utilisation comme engrais organique peut améliorer le rendement agronomique, mais si elle n’est pas gérée correctement, elle peut entraîner un lessivage des nitrates, des émissions d’ammoniac (NH₃) et des rejets d’oxyde nitreux (N₂O), chacun de ces phénomènes présentant des risques pour les eaux souterraines, la qualité de l’air et la stabilité climatique. Des études récentes soulignent que la gestion de l’azote est une variable clé pour parvenir à un modèle de biogaz véritablement durable.
Les développeurs d’installations de biogaz et les chercheurs sont de plus en plus conscients de la nécessité de mettre en place des filières de production et d’utilisation plus propres, et ils adoptent des stratégies d’atténuation de l’impact environnemental fondées sur les méthodes d’analyse du cycle de vie (ACV). Aujourd’hui, les performances des systèmes de biogaz font l’objet d’évaluations plus rigoureuses, axées sur l’efficacité énergétique et l’empreinte environnementale. Des analyses détaillées sont menées en utilisant diverses matières premières et différents scénarios de conversion, y compris le traitement des digestats et la valorisation du biométhane.
Les installations modernes de biogaz et de biométhane présentent des risques environnementaux minimes : elles sont conçues pour être sûres, émettent de faibles niveaux de polluants et d’odeurs, et sont souvent équipées de catalyseurs qui convertissent les NOx en N₂ et oxydent le CO en CO₂. Cependant, la gestion des digestats reste l’un des enjeux environnementaux les plus critiques. S’il n’est pas géré correctement, la teneur en azote du digestat peut contribuer aux émissions d’ammoniac et au lessivage des nitrates, exacerbant ainsi l’eutrophisation et menaçant la qualité des eaux souterraines. Dans les régions d’élevage intensif ou les zones où la capacité d’absorption des sols est limitée — comme certaines parties du nord de l’Espagne —, ces défis peuvent entraver l’expansion du secteur.
Les émissions diffuses de méthane lors de la manutention, du stockage ou de la valorisation des matières premières peuvent également compromettre les avantages climatiques nets du biométhane si elles ne sont pas strictement contrôlées. Sur le plan social, une opposition locale peut surgir en raison de préoccupations liées aux odeurs, au transport des déchets ou aux impacts sur le paysage — des facteurs susceptibles de retarder la mise en œuvre des projets, en particulier dans les zones rurales où la sensibilisation du public est limitée.
Néanmoins, les progrès technologiques et réglementaires contribuent à surmonter bon nombre de ces défis. L’adoption de systèmes fermés et couverts pour le stockage des digestats, la détection précise des fuites de méthane à l’aide de capteurs et la mise en œuvre de protocoles environnementaux pendant l’exploitation des installations ont toutes permis de réduire considérablement l’empreinte environnementale.
Les impacts liés à l’azote, en particulier, sont pris en compte grâce à plusieurs approches innovantes : l’acidification du digestat pour réduire la volatilisation de l’ammoniac pendant le stockage, l’injection directe dans le sol à l’aide d’équipements spécialisés, ainsi que le déploiement de systèmes de séparation de phases et de traitement de l’azote pour produire des engrais mieux contrôlés. Par ailleurs, des plans de gestion intégrée des nutriments sont encouragés dans les exploitations d’élevage, et les critères agronomiques ainsi que les limites d’épandage sont de plus en plus intégrés dans les réglementations environnementales et en matière de fertilisation.
Dans ce contexte, la valorisation des déchets organiques par la production de biogaz permet de tirer parti de ressources auparavant sous-utilisées ou problématiques. Des technologies telles que l’épuration de l’ammoniac permettent de réduire la teneur en azote des digestats et de le récupérer sous forme d’engrais à valeur ajoutée, comme le sulfate d’ammonium. D’autres améliorations — telles que la codigestion, le traitement biologique des digestats et l’utilisation de la séparation par membrane ou de l’adsorption pour la purification du biométhane — renforcent l’efficacité des procédés tout en minimisant les impacts environnementaux.
Malgré ces obstacles techniques, il est important de souligner que les avantages l’emportent clairement sur les risques. Le digestat utilisé comme engrais remplace les alternatives synthétiques dont l’empreinte carbone est plus élevée, boucle les cycles des nutriments, réduit les émissions de méthane issues de la gestion traditionnelle du lisier et renforce la résilience économique des exploitations agricoles. Dans les régions dotées de politiques solides en matière d’économie circulaire, telles que la Catalogne et la Castille-et-León, ces pratiques sont intégrées dans des modèles de biogaz durables plus larges.
D’un point de vue social, dans le contexte des énergies renouvelables, la prise en compte des points de vue des citoyens, des retours d’expérience locaux et des modèles de gouvernance itératifs peut améliorer l’acceptation par le public, l’efficacité à long terme et l’équité sociale dans la transition énergétique. L’engagement participatif renforce la confiance et consolide la légitimité des processus décisionnels, favorisant ainsi une répartition plus équitable des bénéfices, en particulier pour les communautés vulnérables.
À cette fin, les stratégies d’implication communautaire, une communication transparente et le partage des bénéfices locaux (tels que la création d’emplois ou les services de cogénération) améliorent l’acceptation sociale des infrastructures de biogaz. Tout bien considéré, les avantages du déploiement du biométhane l’emportent clairement sur les risques : il renforce la sécurité énergétique, soutient la décarbonisation des secteurs difficiles à décarboner tels que le transport lourd, et valorise les déchets organiques dans le cadre d’une économie circulaire.
Dans des pays comme l’Espagne, où la disponibilité des déchets organiques est élevée, les systèmes de biométhane constituent une opportunité environnementale et économique convaincante, dotée d’un potentiel de croissance significatif. Ce secteur est également prometteur sur le plan social, car il répond à plusieurs besoins urgents, notamment la gestion durable des déchets, la réduction des émissions, la création d’emplois et l’autosuffisance énergétique.
En février 2026